Une monnaie sociale et écologique nationale

Un système complémentaire de l’euro dédiée à la Sécu

Que ce soit pour utiliser de manière ciblée la monnaie qui proviendrait de la Banque Centrale Européenne, éventuellement placée sous contrôle et directive démocratique via le parlement européen, ou pour envisager la prise en main nationale du pouvoir de création monétaire dans une finalité écologique et sociale affirmée, il semble intéressant d’étudier les avantages que pourraient procurer la mise en œuvre d’une « monnaie Sécu » nationale, complémentaire de l’euro.

Le principe simple des monnaies complémentaires de l’euro, expérimenté à petite échelle par une cinquantaine de monnaies locales en France, est qu’une fois les euros transformés en monnaie complémentaire dédiée à un territoire, cette monnaie n’est utilisable qu’entre membres, à l’intérieur du périmètre défini pour son utilisation. Cet impératif d’utilisation en circuit court peut donner à la monnaie concernée un rôle de stimulateur de la relocalisation des échanges, mettant en valeur l’engagement collectif à agir ensemble pour l’intérêt commun du territoire.

Si le territoire concerné est riche d’un écosystème économique en capacité d’interagir pour répondre aux besoins locaux, la monnaie locale peut devenir un support d’échange d’ampleur, symbolisant la volonté collective d’auto-organisation. Cela s’observe particulièrement dans le cas de l’eusko, monnaie locale basque, qui a dépassé en 2018 le million d’équivalent euros circulant dans l’économie réelle du territoire. Même les collectivités locales sont impliquées dans son fonctionnement et dans son utilisation, permettant de payer en euskos bon nombre de services rendus par les collectivités.

Dans la perspective optimiste d’un financement conséquent provenant de la banque centrale européenne, une part conséquente de cette « monnaie banque centrale » pourrait être transformée nationalement en « monnaie Sécu ». Cette « monnaie Sécu » – à valeur euro pour une simplicité d’usage – resterait sans possibilité d’être convertie en euro classique. Cette spécificité en ferait un moyen concret garantissant une circularité de la monnaie dans les échanges au sein du système de sécurité sociale et écologique universelle. Cela empêcherait toute évasion de sa valeur sociale et écologique ajoutée vers les marchés financiers et économiques extérieurs persistant. De la même manière, ce système garantirait que la monnaie, créée en quantité par la banque centrale pour des objectifs sociaux et écologiques forts, reste utilisée dans le long terme avec cette finalité.

Cette « monnaie Sécu » deviendrait ainsi une valeur monétaire à forte valeur éthique et symbolique, caractérisant l’ensemble de l’action collective pour le bien vivre commun et le soin à la Terre, hors logique de profit et d’exploitation destructrice.

Notons qu’en cas de crise majeure du système financier international, elle pourrait constituer une véritable alternative monétaire résiliente, qui serait à la fois éthique, sociale, écologique et solidaire.

Dans la perspective plus probable où la banque centrale européenne resterait fidèle aux principes édictés par le système aujourd’hui dominant, malgré un changement de cap majeur porté par une puissante mobilisation citoyenne au niveau national, cette « monnaie Sécu » à valeur euro sans possibilité de conversion, pourrait être utilisée comme outil de création monétaire sociale et écologique nationale. Cette création monétaire autonome, pourrait permettre de répondre aux besoins de mutation nécessaire des moyens de production et de consommation, sans avoir à attendre la mise de la BCE sous contrôle et gestion démocratique.

Voir vidéo de Philippe Derudder pour une monnaie écologique https://youtu.be/qaqW0mt_a4s

Un tel mécanisme de création monétaire hors BCE est aujourd’hui proscrit par les traités européens en vigueur. Mais face à la situation d’extrême précarité généralisée qui pourrait suivre les crises sanitaires et économiques en cours, une telle transgression pourrait s’avérer déterminante pour éviter le chaos social.

Cela pourrait se concrétiser par la constitution d’une banque centrale nationale alternative, citoyenne et démocratique, au service du système de Sécurité Social et Écologique mis en place, alimentant les caisses primaires gérées de manière coopérative, par et pour les populations sur les territoires.

Notons qu’il serait même envisageable de créer cette monnaie sous forme de monnaie cryptée, circulant dans un réseau de serveurs informatiques interconnectés, difficile à neutraliser par des pouvoirs extérieurs. Certaines monnaie locales font d’ores et déjà l’expérience de ce type de système.

Dans l’hypothèse d’un tel changement de système décidé unilatéralement en France, on peut imaginer que cette transgression collectivement assumée pourrait constituer un acte fort de désobéissance civique d’intérêt général assumé nationalement. Garanti d’un impact symbolique fort sur l’ensemble des populations européennes, et certainement au-delà, un tel acte pourrait générer un vaste mouvement de soutien bien au-delà de nos frontières.

Cela engagerait un bras de fer sans précédent avec l’Union Européenne et les autres États membres. Mais cela pourrait être le point de bascule permettant d’emmener l’ensemble des nations vers une rupture à l’égard du système mortifère qui nous propulse vers une catastrophe humaine et écologique sans retour à l’échelle internationale.

Notons que de manière plus conforme aux principes monétaires actuels, un système de monnaie complémentaire dites fiscale a été spécifiquement envisagé lors des négociations grecques avec la « troïka » européenne et internationale en 2014.

L’idée générale de cette monnaie complémentaire fiscale consiste à garantir en euros cette monnaie créée nationalement, par les rentrées fiscales que générerait l’activité économique développée grâce à cet apport.

De fait, le principe de garantie financière en euro de toute monnaie complémentaire est une exigence légale pour les monnaies locales. Le fait d’établir cette garantie fiscale pourrait ainsi permettre de faire accepter plus facilement cette décision nationale, sans se mettre en opposition frontale avec les dogmes monétaires établis au sein de l’Union Européenne.

Pour autant cette option n’a pas été retenue par les dirigeants grecs. Et on peut s’interroger sur la quantité de monnaie complémentaire à valeur euro que l’on pourrait ainsi créer si cette création est limitée aux retours fiscaux que l’on peut en espérer.

Parmi les possibles garanties, au moins symboliques, les symboles pouvant donner beaucoup de force à ce qui est mis en œuvre, on pourrait suggérer que la masse monétaire créée corresponde aux milliards d’euros échappant aux finances publiques via l’évasion fiscale. Cette idée a déjà inspiré quelques échanges au sein du mouvement SOL qui regroupe la majorité des monnaies locales francophones. 60 à 80 milliards d’euros par an à l’échelle de la France, ce serait déjà conséquent…

Quelle qu’en soit la manière, au même titre que l’appropriation citoyenne et démocratique du pouvoir de création monétaire de la BCE, il nous semble important d’envisager sérieusement et collectivement cette possibilité de création monétaire nationale et complémentaire de l’euro, dans la perspective d’une révolution citoyenne qui pourrait être menée à l’échelle de notre pays, dans une perspective globale.

.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.