Sécurité Sociale et Écologique Universelle — 4

Des moyens à la hauteur des besoins

Face à l’ampleur des défis climatiques, écologiques, économiques et sociaux, il semble impératif d’envisager de nouveaux moyens, rapidement disponibles en quantité importante, indépendants des marchés économiques et financiers, et détachés des secteurs dévastateurs qu’il nous faut abolir.

Dans le système actuel, selon plusieurs études économiques, pour être à la hauteur du défi climatique, il faudrait engager plusieurs centaines de milliards d’euros par an pour la France, et près de mille milliards d’euros annuels à l’échelle européenne. C’est le budget nécessaire pour mener un véritable plan de transformation économique permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre en Europe, jusqu’à atteindre la neutralité carbone en 2050. Il s’agit de réaliser une conversion radicale et rapide de nos systèmes de production et de consommation, ainsi que de soutenir la mutation nécessaire à l’échelle mondiale, en espérant pouvoir maintenir, s’il est encore possible de ne pas dépasser ce seuil, l’élévation de la température moyenne planétaire sous la barre des +1,5°c depuis le début de l’ère industrielle.

Concrètement, cette mutation économique viserait la réduction massive des consommations énergétiques, l’isolation de l’ensemble des bâtiments professionnels et d’habitation, la réorganisation des systèmes de transport, le développement de l’économie circulaire, la remise en état et la réutilisation des matériaux récupérables, et la production en énergies renouvelables pour les besoins incompressibles… Elle viserait aussi un vaste plan de mutation agricole, développant à grande échelle l’agriculture paysanne et agroécologique, plus résiliente aux bouleversements climatiques, restauratrice des écosystèmes et captatrice de carbone… Il s’agirait enfin de repenser l’ensemble de nos activités industrielles, au sein d’un plan de relocalisation sur nos territoires, d’efficience énergétique et de sécurité pour les populations, autant que d’économie et de préservation des ressources, dans la stricte limite des besoins nécessaires.

En termes de ressources financières propres, le système de sécurité sociale de 1946, comme les projets d’extension envisagés jusqu’à présent, reposent essentiellement sur les cotisations sociales prélevées sur la valeur ajoutée générée par le travail humain, en lien avec les salaires versés ou calculées sur les bénéfices réalisés. Ces cotisations représentent la part de la richesse produite par les travailleuses et travailleurs, qui ne va pas enrichir les actionnaires et qui est mutualisée et gérée par celles et ceux qui l’on générée en vue de garantir les droits fondamentaux pour toutes et tous.

Cette notion de part de salaire et de richesse produite, mutualisée ou socialisée, et gérée collectivement pour le bénéfice du plus grand nombre différencie les cotisations de l’impôt. Cela a une valeur réelle et symbolique forte pour l’ensemble du monde ouvrier. Il nous semble essentiel de nous appuyer sur cette expérience de mise en commun réussie pour envisager la sortie du système individualiste et déshumanisant mené par la course aux profits capitaliste.

Dans la perspective d’élargissement du projet de sécurité sociale à tous les secteurs essentiels à nos vies, ce taux de cotisation pourrait être augmenté, en étant potentiellement dissociée des salaires, notamment dans les secteurs les plus lucratifs pour les actionnaires.

Dans notre contexte d’urgence et de grands défis à relever, il semble pour autant indispensable d’envisager d’autres modes de financement qui puissent permettre de couvrir l’immensité des besoins.

Plusieurs moyens pour récupérer une part de la valeur ajoutée par le travail et l’exploitation des ressources naturelles semblent incontournables. Citons notamment la taxation des transactions financières, la lutte contre l’évasion fiscale, ou la limitation des hauts salaires et la taxation des dividendes attribués aux actionnaires des grandes entreprises et des multinationales.

Notons cependant que les activités économiques effectuant le plus de transactions spéculatives, générant le plus de bénéfices financiers et distribuant le plus de hauts salaires et de dividendes sont aussi généralement celles dont nous devons nous défaire si nous voulons pouvoir vivre demain dignement sur une Terre encore habitable et pouvant nous nourrir en suffisance.

Que ce soit pour les ressources de l’État par les impôts, ou pour celles du système de sécurité sociale élargi souhaité, il n’est en rien logique de dépendre des bons résultats des entreprises les plus néfastes pour financer les investissements et les activités les plus nécessaires.

Compte-tenu de l’ampleur des besoins financiers pour mettre en œuvre la mutation rapide nécessaire à l’échelle planétaire, il semble donc indispensable d’envisager d’autres systèmes de financement, pouvant éventuellement sortir des schémas économiques et monétaires qui nous ont été imposés depuis plusieurs siècles.

Parallèlement aux moyens à mettre en œuvre pour imposer une juste répartition des richesses produites, ou pour réduire, orienter ou réguler les activités économiques en fonction de leurs impacts et des réels besoins, la perspective de création monétaire, sans dette ni intérêt, nous semble pouvoir élargir judicieusement le champ des possibles, en s’affranchissant de l’économie productiviste et financière qui mène au désastre.

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