Révolution citoyenne, démocratie et non-violence — 1

Tension entre finalité et moyens d’action

Le système qui propulse l’humanité vers son auto-destruction est devenu tout-puisant. Construit autour de l’objectif de profit et d’enrichissement sans limite des plus riches, il concentre chaque jour un peu plus la richesse financière qu’il génère dans les mains d’une minorité, dont certains membres possèdent désormais plus que le budget de nombreux États.

Aussi illégitime, injuste et inacceptable que soit ce système, c’est aussi lui qui répond aujourd’hui à une grande partie de nos besoins fondamentaux. Et bon nombre de personnes, particulièrement dans les pays les plus riches, en tirent encore suffisamment de bénéfices, en termes de condition et de niveau de vie, pour ne pas vouloir les perdre.

Même dans une phase de notre histoire où la misère et la précarité risquent de s’étendre à grande vitesse, il semble donc certain que la volonté de mettre en œuvre un changement de système, aussi salutaire qu’il puisse être, ne va pas être spontanément partagée par une majorité de nos concitoyens, et des humains dans leur globalité.

Cette situation nous amène à nous interroger sur comment gérer la tension inéluctable entre :

  1. la nécessité d’aboutir au plus vite aux changements radicaux nécessaires, pour éviter le scénario apocalyptique qui nous est promis,
  2. la nécessité d’organiser un rapport de force capable de mettre fin à la toute-puissance du système qui nous détruit et dont nous devons sortir,
  3. et la cohérence entre les moyens à mettre en œuvre et les objectifs de démocratie et de soin aux humains et à la Terre que nous nous fixons.

Rapport de force et démocratie

Le principe de démocratie, même dans une perspective de transformation de nos modes d’organisation et de décision collective, renvoie nécessairement à l’exigence d’un accord d’une majorité de personne, si possible supérieur à 50 % des voix.

Cette majorité est indispensable pour emporter des victoires électorales pouvant engager le changement de système nécessaire. Pour autant, à ce jour, cette majorité n’existe pas.

Pour obtenir une mobilisation d’ampleur dans le sens de ce que nous souhaitons, il est donc indispensable de construire une stratégie alliant la valorisation d’un projet commun fédérateur et porteur d’espoir, et des actions permettant à la fois d’interpeller, de bousculer les inerties et de dépasser les peurs que génère tout projet de grand changement.

Au delà des victoires électorales que cela pourrait permettre, il s’agit aussi d’être en capacité de maintenir dans la durée la pression nécessaire pour garantir la mise en œuvre du ou des projets souhaités, et faire reculer la puissance du système actuel qui fera tout pour garder ou reprendre le contrôle et le pouvoir.

Quel que soient les nouveaux modes de décision et de gestion démocratiques mis en œuvre au sein d’institutions refondées, le principe démocratique implique que les forces défendant le système actuel pourront toujours reprendre la main sur les institutions, même en respectant les nouvelles règles constitutionnelles.

C’est pourquoi, il nous semble essentiel que le système de sécurité sociale et écologique financé par la création monétaire ciblée, géré selon le principe de subsidiarité de manière autonome par rapport à l’État, soit sanctuarisé par son inscription dans la constitution, modifiable uniquement par référendum à majorité élevée.

Quoi qu’il en soit, ce rempart constitutionnel ne sera jamais immuable, et la détermination citoyenne, populaire, syndicale et politique à maintenir ce système dans la durée restera la force principale pouvant garantir sa pérennité.

Efficacité et cohérence

L’efficacité d’une stratégie se mesure à sa capacité à aboutir à ses objectifs finaux, grâce à des victoires successives allant du plus accessible au plus ambitieux.

En termes de lutte et de rapport de force, il est couramment pensé ou affirmé que la violence est la forme potentiellement la plus efficace que l’on puisse mettre en œuvre. Les actions moins violentes ou non-violentes sont perçues comme des formes plus accessibles à toutes et tous, mais ne pouvant obtenir de réels renversements de système.

Il existe pour autant de nombreux exemples de luttes non-violentes, s’affirmant comme telles ou non, qui ont abouties à des changements d’ampleur.

Au delà des références à Gandhi et à King, l’histoire des luttes syndicales à travers tous les continents en témoigne de multiples manières. La grève pouvant devenir générale, est depuis plusieurs siècles le moyen de prédilection dont dispose la classe ouvrière pour remporter des victoires fortes face au pouvoir capitaliste. C’est fondamentalement un mode d’action non-violent, à visages découverts, qui a été capable d’affronter les répressions sanglantes sans recourir aux armes, et obtenir gain de cause.

Convaincu.es que la révolution citoyenne nécessaire pourra plus sûrement aboutir si elle fait le choix de la cohérence avec sa finalité, grâce au développement d’une stratégie résolument non-violente, il nous semble important :

  1. de préciser en quoi cette stratégie non-violente peut représenter une force réelle et radicale à la hauteur des enjeux,
  2. d’envisager comment ce choix stratégique peut se développer dans un contexte où d’autres formes d’insurrection, spontanées ou organisées, se multiplieront aussi.

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