Révolution citoyenne, démocratie et non-violence — 3

Complémentarité ou incompatibilité entre stratégies différentes

Dans une période où les souffrances et les injustices pourraient grandir, il est difficile d’imaginer que tous les humains en révolte adoptent unanimement les principes de la non-violence.

Aucun mouvement, quel que soit sa puissance, ne peut empêcher la colère d’exploser de différentes manières.

Pour dépasser les oppositions entre violence et non-violence, les activistes ne souhaitant pas se limiter dans leurs possibilités d’agir, prônent souvent la complémentarité des modes d’action.

Défendant pour notre part l’option d’une révolution citoyenne délibérément non-violente, il nous semble nécessaire de préciser que la complémentarité entre stratégie non-violente et les autres formes d’action n’est pas facile à envisager, encore moins à organiser.

La concomitance d’actions non-violentes avec des actions de confrontation n’excluant pas la violence de la part des activistes à l’égard des forces de l’ordre, annule de fait l’impact souhaité de l’action et de la stratégie non-violente engagée. La violence est toujours plus médiatisée que la non-violence. Elle est aussi facilement utilisée par le pouvoir en place, comme justification des actes de violence exercés par les forces répressives. Cette concomitance annule les efforts de maîtrise des activistes non-violents concernant les conséquences de leurs actes et les mettent concrètement en danger face à la violence qui peut en découler. Cette concomitance nuit aussi à l’impact psychologique et la conscientisation recherchée par la stratégie non-violente à l’égard de l’ensemble de la population qui est spectateur de ses actions.

Pensant pour autant difficile d’obtenir une adhésion générale à la stratégie non-violente, il nous semble important de voir comment limiter les incompatibilités entre ces différents modes d’action, moyennant la mise en place de certaines règles, principes et engagements mutuels.

Ces propositions ont pour objectif d’ouvrir des pistes de réflexion pouvant mener à une construction collective plus élaborée.

Concrètement, nous proposons une forme de « code de bonnes pratiques » entre partisanes et partisans de différents modes d’action, qui pourrait être formulée ainsi :

Le principe de base que nous proposons est que toute personne qui souhaite participer à une action collective puisse savoir à l’avance les modes d’action prévus par les organisatrices et organisateurs, et les risques qu’elle prend en y participant, autant que cela puisse être prévisible.

A partir de ce principe peuvent se décliner plusieurs engagements.

Du coté des organisatrices et organisateurs d’une action ou manifestation :

S’il s’agit d’une action pacifique et non-violente qui souhaite le rester, il est impératif de préciser le cadre et les consignes d’action et de réaction en cas d’intervention policière, ainsi que les risques judiciaires encourus s’il y a acte de désobéissance.

Du coté des activistes ne se reconnaissant pas dans les principes d’action non-violente, l’engagement pourrait être que :

  1. Si ils et elles veulent participer à une action ou une manifestation organisée par d’autres, ils et elles s’engagent à accepter le cadre proposé par les organisatrices et organisateurs, s’il y en a un,
  2. Si ils et elles veulent organiser une action ou manifestation pouvant déboucher sur des confrontations avec les forces de police, potentiellement violentes de la part des manifestant.es, ils et elles prévoient d’agir en d’autres lieux et si possible d’autres temps, que les actions ou manifestations affirmées non-violentes prévues le même jour, en prenant soin d’éviter toute interférence entre les deux.

Coté non-violent, l’engagement proposé serait que concernant toute action menée hors principe de non-violence, quel qu’en soit la forme et les conséquences, plutôt que la condamnation sans discernement souvent sollicitée ou exprimée dans les média, les positions affirmées publiquement soient systématiquement priorisées selon l’ordre suivant  :

  1. la dénonciation de la violence du système d’oppression et de destruction, qui porte l’entière responsabilité des souffrances et de la colère qu’il génère, colère qui s’exprime comme elle peut …
  2. La dénonciation de toute disproportion et de toute illégalité concernant les violences répressives mises en œuvre,
  3. l’engagement à mettre tout en œuvre de manière non-violente pour mettre fin au plus vite au système d’injustice et oppression qui génère la colère et mène l’humanité à sa perte…
  4. L’affirmation de regrets, compassion et solidarité avec les victimes et leurs proches, en cas de conséquences sur l’intégrité physique ou psychologique des personnes.
  5. Et en dernier lieu, pour les actes entraînant délibérément des séquelles sur les personnes, la désolidarisation et la condamnation publique..

Cette proposition de « code de bonnes pratiques mutuelles » nous semble pouvoir permettre de limiter les interférences conflictuelles entre différents modes d’action, ainsi que l’instrumentalisation qui peut en être faites pour diviser les différents courants de mobilisation qui s’expriment.

Pour autant, cela implique un minimum de lien et d’échange, ainsi que la construction d’une forme de confiance mutuelle dans le respect des engagements pris. Cela ne semble envisageable, que si les objectifs de lutte ou de pression sont convergents et si les groupes concernés ont une volonté de coordination, même minimaliste.

Pour tenter de dépasser ces difficultés, il serait intéressant de pouvoir étudier et améliorer ces propositions en vue d’en faire une possible base communément reconnue et acceptée par la plupart des courants souhaitant aboutir à un changement de système .

Notons que de notre point de vue, si le mouvement global de révolution citoyenne veut s’affirmer dans la non-violence, il est important que la stratégie et les actions non-violentes soient à la hauteur du rapport de force et des promesses de transformation radicale qu’elles souhaitent permettre. Le respect, la reconnaissance, si ce n’est l’adhésion à ses principes d’action seront logiquement à proportionnels à sa capacité à changer le cours de notre histoire.

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