Révolution citoyenne, démocratie et non-violence — 2

Non-violence contre système d’oppression

Afin de préciser ce qu’une stratégie non-violente efficace peut signifier, nous choisissons de nous référer au petit texte souvent cité concernant la violence, écrit par l’évêque brésilien Don Elder Camara, dans les années 60.

« Il y a trois sortes de violence :

La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes et de femmes dans ses rouages silencieux et bien huilés.

La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.

La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.

Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

A la lumière de cette distinction, et sans confondre institutions et systèmes oppressifs, nous proposons de définir la stratégie non-violente comme une opposition organisée à la violence première, visant l’abolition du système qui opprime, exploite et détruit. Cette opposition est mise en acte en acceptant de se confronter de manière spécifique à la violence répressive, troisième forme identifiée par Don Elder Camara. Ce n’est donc pas une esquive de la violence, encore moins une compromission avec le système oppressif.

Associées aux actions symboliques et aux actions de masse à faire grandir, tels que les boycotts ou les mouvements de grèves pouvant se généraliser, la stratégie non-violente a spécifiquement recours à la désobéissance ou à l’insoumission délibérée face aux règles, aux lois et aux symboles caractérisant l’oppression.

Notons que la grève, avant de devenir un droit, a été un mode d’action puissant fondé sur la désobéissance et l’insoumission assumées face système d’oppression et d’exploitation.

Dans la stratégie non-violente, la force de ces actions radicales réside dans leur capacité à déstabiliser le système d’oppression, en l’obligeant à réprimer ouvertement des actes délibérément non-violents qui font écho à la souffrance imposée. Il s’agit ainsi de mettre en lumière la violence et l’illégitimité du système qu’il faut abolir, en vue de mobiliser le plus grand nombre pour en sortir.

Soulignons que, pour que cette mobilisation puisse prendre de l’ampleur et être en capacité de porter un véritable changement de système, il peut être déterminant que l’ensemble des actions mises en œuvre, qu’elles soient radicales, symboliques ou populaires, mettent clairement en évidence, au-delà des objectifs intermédiaires visés, un projet d’alternative motivante face au système d’oppression, afin de stimuler l’envie collective d’y parvenir. C’est ce que Gandhi appelait le programme constructif nécessaire pour donner force et perspective à la lutte.

Concernant les actions de désobéissance civique, résolument non-violente, défendant l’intérêt général et valorisant la sortie du système d’oppression, leur objectif est de provoquer, de manière calculée et stratégique, la répression souhaitée en se préparant à en assumer pleinement les conséquences. Elles sont pensées et construites en vue :

  1. de tirer le meilleur profit de l’écart entre la répression et les actes posés,
  2. de maîtriser au mieux les risques de violences qu’elles peuvent générer contre les activistes ou la population,
  3. d’obtenir le meilleur rapport entre prise de risque et résultat obtenu, qu’il soit médiatique, de pression ou de prise en compte des revendications mises en avant.

Précisons que la médiatisation de ces actions est à la fois, un moyen d’interpeller l’opinion publique sur l’importance des enjeux en vue d’aboutir à l’objectif visé, et un moyen de limiter les violences policières qu’elles peuvent engendrer. De ce point de vue, les lois qui interdiraient de filmer les forces de l’ordre en action augmenteraient notablement les risques pris lors d’action de désobéissance civique, aussi non-violente qu’elle puissent être.

Quand la médiatisation des actions non-violentes de désobéissance civique devient effective, les institutions ont intérêt à judiciariser la répression plutôt que de la mettre en œuvre de manière violente aux yeux du plus grand nombre. Les procès sont alors des occasions de médiatiser plus fortement les actions menées, ainsi que leurs objectifs, en organisant des formes d’actions plus populaires, sous formes de rassemblement, de marches, de manifestations ou autres moyens à fort impact symbolique.

Une telle stratégie, si elle prend de l’ampleur, impose cependant de pouvoir payer les frais de justice et les amendes qui peuvent devenir imposantes. Nous suggérons pour cela d’envisager comment un nombre grandissant d’activistes pourraient s’organiser, avec le soutien collectif, pour vivre avec le minimum de revenus et de possession matérielle et financière personnelle, pour être insolvables de manière durable, et pouvoir ainsi agir sans payer les sanctions financières qui en découlent…

Notons que dans la stratégie non-violente, le fait d’assumer personnellement et collectivement les actions de désobéissance et d’insoumission mises en œuvre, permet de pouvoir les revendiquer et les argumenter publiquement, sans avoir à organiser une quelconque clandestinité.

Cela peut être un avantage à prendre en considération dans le choix des modes d’action mis en œuvre, notamment dans le contexte de surveillance accrue qui se développe actuellement partout, à grand renfort de technologie de haut niveau.

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