La création monétaire sans dette ni intérêt — 2

Face à l’insécurité globale, la garantie de suffisance concernant l’essentiel

Compte-tenu de l’extrême gravité de la situation globale, on peut raisonnablement craindre qu’il soit très difficile de mobiliser le plus grand nombre dans le sens d’un changement radical de système, sans être en capacité d’assurer rapidement à toutes et tous les ressources et les moyens de vivre dignement au quotidien.

Dans le contexte où il va falloir mettre à l’arrêt les activités les plus destructrices, réduire toutes celles qui n’apportent rien à la collectivité, refinancer celles qui ont du sens et développer massivement toutes celles qui manquent aujourd’hui pour pouvoir relever les défis climatiques et sociaux, rien ne pourra être fait sans moyens financiers conséquents garantissant la suffisance et une forme d’abondance concernant l’essentiel.

Notons que le développement du système de sécurité et de protection sociale, dont la totalité de la population française a pu bénéficier depuis plusieurs décennies, est un atout fort dans un contexte de bouleversement qui pourrait exacerber toutes les peurs. Nous savons comment ses peurs peuvent être instrumentalisées pour mener à la guerre des pauvres, contre les pauvres. Garantir collectivement la sécurité et la protection sociale du plus grand nombre pourrait être un antidote puissant contre l’autoritarisme ou la dérive fasciste qui menace.

Notons qu’il serait particulièrement pertinent de se réapproprier l’enjeu de la sécurité, qui est un réel besoin essentiel pour toutes et tous, via la protection et la Sécurité Sociale et Écologique telle qu’envisagée, plutôt que de laisser les tendances autoritaires, ou néofascistes à l’œuvre, en faire leur thème de prédilection.

Sachant qu’en dehors des postures idéologiques et de l’addiction aux profits de la part grands investisseurs privés, rien n’empêche l’effacement des dettes des États et la création monétaire autant que de besoin, il devient impératif de tout faire pour y recourir au plus vite pour l’intérêt de toutes et tous.

La nécessité d’une planification démocratique

La monnaie ne se mangeant pas, la seule limite réelle à la création monétaire en grande quantité est l’impératif de production, en contre partie, de richesses bénéfiques répondant aux nécessités de l’ensemble de la collectivité. Comme ce fût le cas après 1945 en France et en Europe, débouchant sur la période des trente glorieuses, il est essentiel que cette création monétaire massive permette de mobiliser rapidement et efficacement toutes les forces et les énergies humaines et créatives, pour répondre de manière satisfaisante aux besoins collectifs et individuels en termes d’alimentation, de logement, de santé, d’éducation, de culture, autant que de restauration des écosystèmes qui nous font vivre.

Pour y parvenir, en se garantissant contre toute dérive autoritaire et oppressive, il semble crucial d’envisager la mise en fonction d’un système de planification réellement démocratique impliquant toutes les personnes concernées. Dans notre perspective de Sécurité Sociale et Écologique universelle et démocratique, les instances citoyennes, constituées pour en assurer la gestion selon le principe de subsidiarité, pourraient judicieusement avoir la responsabilité d’organiser et d’orienter cette planification nécessaire, en donnant la possibilité à chacune et chacun d’y participer.

Ces instances auraient conjointement la responsabilité de réguler la quantité de monnaie en circulation en rapport avec les besoins et la production de richesses utiles à l’ensemble.

Afin de faciliter la compréhension du système global ainsi évoqué, nous proposons un schéma de fonctionnement reprenant l’essentiel des points abordés précédemment.

Ce schéma est téléchargeable en cliquant sur l’image ci-dessous

Ce schéma est inspiré d’un schéma réalisé par le réseau salariat dans le cadre de la réflexion collective pour une sécurité sociale de l’alimentation (voir conférence de Laura Pertersell minute 48)

Cette perspective heureuse de création monétaire au service du bien commun à l’échelle européenne est pour autant difficile à concevoir comme une perspective facilement atteignable.

La transformation de la BCE en une institution démocratique dédiée au changement de système nécessaire, finançant sans dette ni intérêt le système de sécurité écologique et sociale auquel nous aspirons, reste de fait peu envisageable sans passer au moins par une étape nationale autonome.

Il semble donc utile d’envisager comment le système de sécurité sociale et écologique universelle pourrait engager à l’échelle nationale la mutation souhaitée, sans attendre d’obtenir cette manne monétaire européenne aux allures miraculeuses.

2 Replies to “La création monétaire sans dette ni intérêt — 2”

  1. Cette idée de planification me parait très porteuse, mais induit son lot de questions .
    Je suis d’avis que c ‘est le meilleur moyen de ne pas laisser le capitalisme, l’accumulation (des biens , des profits), la course effrénée des technologies, la quête de la rentabilité comme seuls balises du futur. Mais elle a ses limites , la première étant : jusqu’où planifier ?
    Quelle marge de manœuvre laisser aux citoyens ? aux territoires ?
    On arrête de produire des voitures à moteur à énergie fossile …. OK. On en produit à moteur électrique ? OK . Combien ? Pour qui ? Qui prendra le bus ?
    Le risque est grand de reproduire les erreurs du passé.
    J’ai bien noté que les citoyens seraient participants, non, plutôt les acteurs de cette construction. On en revient alors à la question de l’exercice de la démocratie, de la représentation.
    Comment la mettre en place pour qu’elle soit réelle ET efficace, compétente ET indépendante ? Je crois savoir que l’expérience de Saillans (Drôme) à sa toute petite échelle, a malheureusement pris fin aux dernières élections, mais je ne connais pas les détails de l’aventure ….

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    1. La proposition est de mettre en œuvre l’essentiel de la mutation nécessaire au sein d’un système de sécurité sociale et écologique dédié. Ce système a pour mission d’organiser par la base tout ce qui permet de répondre aux besoins liés aux droits fondamentaux garantis par celui-ci. La planification démocratique proposée en son sein a pour but d’assurer la concrétisation effective des engagements pris, selon le principe de subsidiarité, au plus prêt des personnes concernées. Il ne s’agit donc pas de planifier, au sein de ce système, la production automobile, celle-ci ne rentrant pas dans le champ des besoins fondamentaux garantis. Le cadrage de la production, des entreprises et de l’économie, hors du système de sécurité sociale et écologique en question, relèvera de l’action gouvernementale et non des instances démocratiques dédiées à la gestion de ce système.

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