La création monétaire sans dette ni intérêt — 1

Un enjeu démocratique, social et écologique déterminant

Pour sauver l’économie mondiale particulièrement menacée aujourd’hui par les pertes massives d’activité en période de pandémie, les États engagent des milliers de milliards d’euros et de dollars, à l’échelle internationale, pour éviter un processus d’effondrement économique et financier généralisé.

La question cruciale qui se pose est de savoir quel vont être les moyens mis en œuvre pour rembourser ces sommes colossales ou pour ne pas les rembourser.

Si les États restent enfermés dans le carcan idéologique de l’austérité budgétaire imposant de rembourser, avec intérêts, les emprunts faits aux banques privées, ils vont plonger l’humanité dans une récession difficilement surmontable, et engendrer une situation sociale catastrophique à l’échelle planétaire, avec un déferlement d’explosions sociales d’une ampleur inédite dépassant largement les frontières.

Au regard des lois liberticides qui se répandent en France comme à travers tous les continents, on peut penser qu’ils s’y préparent activement.

Pour autant, devant la quantité de devises mises en circulation et compte tenu de la difficulté majeure, voire de l’impossibilité effective que nous aurons de les rembourser, les dogmes qui prévalent jusqu’à présent concernant la création monétaire pourraient être dépassés.

Dans le système actuel, seules les grandes banques centrales, telles que la Banque Centrale Européenne BCE ou la FED américaine, ont le pouvoir de création monétaire et d’annulation de dettes, sans contre-partie. Depuis que le lien entre le dollar et l’or a été abandonné en 1971, ce pouvoir de création monétaire est techniquement sans limite.

Avec la constitution de l’Union Européenne, ce pouvoir détenu jusqu’alors par les banques centrales nationales liées aux États, a été transféré et réservé à la BCE. Celle-ci s’est vue confiée la mission autonome, en dehors de tout pouvoir politique et de tout contrôle démocratique, de garantir la stabilité de l’euro à l’égard des autres devises et d’interdire tout usage inflationniste de cette création monétaire. Elle a l’interdiction de prêter directement aux États et l’impératif d’interagir uniquement avec les banques privées. Les banques privées sont ainsi devenues les seules structures pouvant créer de la monnaie, contre dettes et intérêts lucratifs pour elles, pour financer les investissements publics, autant que les entreprises et les particuliers.

Notons que, suite à la crise financière de 2008, pour éviter les faillites bancaires en cascade, la banque centrale européenne a prêté sur plusieurs années plusieurs milliers de milliards d’euros à taux négatif aux banques privées, les payant donc pour qu’elles empruntent (sans aucune condition sur le réinvestissement de ces sommes dans l’économie réelle, ce qui s’est traduit par une augmentation considérable des marchés spéculatifs…).

Aujourd’hui, dans le contexte de pré-crise systémique globale, le pouvoir détenu par les banques centrales, de création monétaire sans endettement ni intérêt, ou d’effacement de la part des dettes publiques dont elles sont détentrices, pourrait bien être sollicité pour éviter le chaos.

Dans une perspective de transition écologique d’ampleur, les économistes Alain Granjean et Nicolas Dufrêne, ainsi que Gaël Giraud, proposent que le pouvoir de création monétaire de la BCE soit mis sous contrôle démocratique, avec possibilité de prêts sans intérêt, d’effacement de dettes, ou de subventions attribuées directement aux États, voire aux entreprises et aux particuliers, en contre partie de la mise en œuvre d’un grand plan de mutation écologique visant la neutralité carbone en 2050.

>>> Extrait d’interview de Gaël Giraud sur ces propositions https://youtu.be/krGE56V_-CM
Petit Diaporama explicatif de Gaël Giraud
https://www.facebook.com/gaelgiraud1970/

Il va sans dire qu’une telle révolution monétaire rompant avec les dogmes en vigueur, impliquerait que les banques privées perdent leur rôle privilégié et très lucratif au sein du système financier aujourd’hui à l’œuvre. Les plus grandes banques privées étant trop importantes pour pouvoir être mises en faillite, il est certain qu’elles mettront tout leur poids pour éviter ce scénario, et pour garantir qu’un tel projet de création monétaire par la banque centrale européenne leur soit plus profitable que néfaste.

Il y a donc un enjeu social et écologique majeur à imposer, par un rapport de force citoyen à la hauteur de la puissance des lobbies bancaires, que ce pouvoir de création monétaire :

  1. soit placé sous contrôle citoyen et en gestion démocratique,
  2. qu’il soit utilisé pour l’intérêt collectif des populations
  3. et qu’il ne puisse en aucun cas alimenter les profits ou la pérennisation du système qui nous propulse vers l’abîme.

>>> Voir autre petite vidéo explicative où Gaël Giraud répond à la « Revue Projet » concernant l’argent magique, le plan de relance, la dette publique détenue par la BCE et au final, concernant comment nous réapproprier, en tant que citoyens européens, cet outil monétaire

Au-delà de la mise de la BCE sous contrôle et directive du parlement européen comme le suggère Gaël Giraud, les euros créés sans dette ni intérêt hors système bancaire privé, pourrait être ciblés et réservés aux investissements et besoins écologiques et sociaux prioritaires. Ces euros ciblés pourraient notamment être attribués à des fonds spécifiques gérés démocratiquement par pays, régions ou territoires.

Si un tel renversement de paradigme monétaire et financier devenait réalité, il serait particulièrement pertinent que la Sécurité Sociale et Écologique universelle telle que nous l’imaginons, puisse être l’instance citoyenne missionnée pour garantir l’utilisation la plus juste et adéquate de cette création monétaire ciblée, en la gérant au plus près des besoins, par et pour les populations.

Cette possibilité d’appropriation citoyenne de la création monétaire, comme bien commun inaliénable au service de l’intérêt général, nous semble mériter qu’on y réfléchisse et qu’on y travaille collectivement, avec la conviction qu’elle pourrait changer profondément les perspectives d’action, de lutte et de revendication des mouvements citoyens, syndicaux et politiques pour les années qui viennent.

Notons qu’un document du pôle économique de la CGT écrit durant la première crise du Covid19, explicite cette possibilité de création monétaire sans endettement ni intérêt de la part de la banque centrale. Voir le document (page 11 au chapitre « Hélicoptère monétaire » notamment) téléchargeable via le lien :

https://communecosocialiste.files.wordpress.com/2020/12/dette-publique-cgt-noteeco_n154cgt.pdf

Nous n’avons malheureusement pas retrouvé ce document sur le site de la CGT

2 Replies to “La création monétaire sans dette ni intérêt — 1”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.